Affaire Mathurin Couder

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Modèle:Suppression Modèle:Travail inédit Modèle:À vérifier Modèle:Voir homonymes L’affaire Mathurin Couder ou affaire des Comptoirs Généraux de la Boucherie est une crise qui secoua la Chambre syndicale de la boucherie de Paris (le syndicat des bouchers parisiens) en 1869-1873.

Elle explique la sortie en retard en 1870 puis la disparition durant 25 ans du cortège de la Promenade du Bœuf Gras jusqu'en 1895 inclus, ce cortège étant organisé par les bouchers.

Ignorée du public, oubliée des bouchers, cette crise a été retrouvée et étudiée en 1993 par Basile Pachkoff, dans le cadre de la renaissance du Carnaval de Paris qu'il avait initié en septembre 1993.

Les éléments retrouvés ont figuré dans la brochure de lancement public de cette renaissance sortie en février 1994[1].

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Modèle:1re page de l'offre de souscription publique aux Comptoirs Généraux de la Boucherie. On y retrouve le nom de Mathurin Couder[2]
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Modèle:1er feuillet sur 2 d'un document par lequel les marchands-bouchers démissionnent Mathurin Couder de son poste de président de leur syndicat[2].
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Modèle:2e feuillet ; en bas à droite on relève le nom du futur président : Leroy-Daniel[2].
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Brouillon d'une lettre adressée à une importante personnalité : « Modèle:M. le Président » ; et relatant en détail l'affaire Mathurin Couder[2].
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Début d'une lettre en date du 8 septembre 1873 du marchand-boucher Ledanoy 6 rue de l’Arcade à Paris. Adressée au président du syndicat Leroy-Daniel et aux autres membres du bureau, elle témoigne qu'à cette date le syndicat se ressent toujours des suites de l'affaire Mathurin Couder[2].

La redécouverte de l’affaire Mathurin Couder

Pour faire revivre le Carnaval de Paris alors très largement oublié, Basile Pachkoff entame en septembre 1993 d'intenses recherches pour pouvoir développer précisément son projet de renaissance.

Savoir ce qui existait, pourquoi cela a disparu et comment cela pourrait revivre. Ces trois questions en amènent rapidement une autre : pour quelle raison la Promenade du Bœuf Gras qui sortait très régulièrement a été supprimée en 1870, puis est finalement sortie en retard ? Et pourquoi après cela a-t-elle disparu durant un quart de siècle laissant la vedette à l'autre cortège carnavalesque parisien, celui de la Mi-Carême[3] ?

Pour trouver la réponse à cette question Basile Pachkoff a l'idée de rechercher les héritiers des organisateurs de l'époque. Il s'agissait des bouchers. Leur organisme professionnel actuel lui ouvrit largement ses portes.

En novembre 1993, accueilli par Monsieur Berthault, secrétaire général de la Fédération de la Boucherie de Paris[4] et avec l'autorisation de Monsieur Merhet, président, Basile Pachkoff commençait ses recherches dans les archives de la fédération, sise 23 rue Clapeyron, dans le [[8e arrondissement de Paris|Modèle:8e arrondissement de Paris]].

« Sous une épaisse couche de poussière noire, très salissante : le premier registre de procès-verbaux du syndicat, et glissé en tête du volume, une chemise vieille de cent ans (elle porte à l'intérieur le début d'une date imprimée : "189..") ; sur cette chemise, probablement il y a très longtemps, on a porté l'indication : "Procès Coudere"[5]. »

Toute l'affaire était résumée là, dans ce mince dossier.

Début de l’affaire

Le 29 juillet 1869 se constitue la Chambre syndicale de la boucherie de Paris. Vers le début d'octobre, elle élit à sa tête, en qualité de Président Mathurin Couder.

Le 28 octobre 1869 est ouverte une souscription publique pour une Société anonyme, qui fait précéder son nom par : Alimentation publique de la Ville de Paris. Il s'agit des Comptoirs généraux de la Boucherie (siège : 39 rue de Richelieu, à Paris). Au Conseil d'administration, on trouve :

  • Franck Latruffe, Propriétaire-agronome, Directeur-Administrateur, Fondateur ;
  • Dauzat-D'Embarrère, Président ;
  • Baron Cochin, Vice-Président ;
  • Comte de Dax ;
  • Prince Antoine Galitzin ;
  • Comte de Montmort ;
  • Vicomte Charles Ordener ;
  • Commandant Oudard ;
  • Et Mathurin Couder.

Buts de la nouvelle société

« La Société (précise qu'elle) supprimera tous les intermédiaires inutiles. Elle prendra les animaux chez les cultivateurs, pour les porter directement dans les étaux de la capitale et des départements. Disposant de capitaux considérables, et d'une influence incontestable qu'elle fera servir à l'abolition de la spéculation sur la viande de boucherie, elle fera profiter de la réforme salutaire qu'elle veut introduire, et le producteur, et le consommateur, et le capitaliste qui aura, par son argent, amené le progrès qu'elle poursuit.
Dans ce but, elle facilitera la production en venant en aide à l'éleveur et au consommateur et accroîtra ainsi la consommation. »

Journal de la société

Cette société s'est dotée, dès le 18 juillet 1869, d'un journal intitulé : Le Marché aux bestiaux[6]. Son Directeur-Gérant est Franck Latruffe.

Le 10 septembre 1869, son numéro 8, citant la France financière, expose le programme de la société : la suppression des intermédiaires entre producteurs et consommateurs, donc aussi celle des artisans bouchers indépendants[7] :

On lit dans la France financière du 6 septembre :
Alimentation publique de la ville de Paris, Société d'Approvisionnement de Viande de boucherie.
Supprimer les nombreux intermédiaires qui ont, depuis plus de dix ans, porté la viande à des prix exorbitants; doubler la production en facilitant l'élevage des bestiaux par des prêts directs faits aux éleveurs ; augmenter la consommation par l'abaissement du prix de la viande, mise par une organisation ingénieuse à la portée de toutes les bourses : améliorer la qualité de cette précieuse denrée en apportant les soins les plus éclairés dans le choix des animaux : tel est le but que se propose d'atteindre la Société qui s'est constituée sous le titre d'Approvisionnement de Viande de boucherie de la ville de Paris.
C'est une entreprise productive et bienfaisante, les sympathies ne sauraient donc lui manquer. Et déjà les plus grands éleveurs ont promis leur concours, et déjà de grands établissements proposent de traiter avec la Société pour d'importantes fournitures.
Nous ne pouvons en dire davantage aujourd'hui. Dans notre prochain numéro, nous ferons connaître dans tous ses détails cette importante affaire, qui va amener une révolution salutaire dans l'alimentation publique.
YVON.

La révolution du 5 novembre 1869

Les artisans bouchers réagissent à la menace. Un brouillon de lettre nous apprend que les membres du bureau de leur syndicat demandent à Couder « de les réunir afin de leur donner des explications sur sa conduite ». Il refuse.

Dès le lendemain soir de la clôture de la souscription pour les Comptoirs généraux de la Boucherie, intervenue le 4 novembre, c'est la révolution dans le syndicat.

Le bureau, qui s'est assuré de la collaboration d'un homme de loi MModèle:E Debladis, avoué, se soulève contre son président.

Il convoque la corporation en séance extraordinaire salle du Grand Orient 16 rue Cadet. Mathurin Couder « invité à la séance ne s'est pas présenté ». Il envoie une protestation écrite.

La réunion décide « à l'unanimité et aux applaudissements de tous » la déchéance du Président. Un document écrit de deux pages exprime cette décision et porte la signature de 58 marchands-bouchers.

Les membres du bureau présentent leur démission, acceptée à l'unanimité. Puis se reconstituent en bureau élu à l'unanimité. Le nouveau bureau du syndicat désigne en son sein comme nouveau président Leroy-Daniel. Il déclare n'accepter cette fonction qu'à titre provisoire.

Une note en marge du procès-verbal de la réunion, paraphée par tous les membres du nouveau bureau précise :

« M. Harang demande si tous les membres adhérents présents à la réunion, veulent bien autoriser leurs mandataires à intervenir auprès de Mr Couder pour le forcer par tous les moyens à rendre des comptes en un mot à agir selon les circonstances. l'assemblée approuve à l'unanimité. »

Le procès

Moins d'un mois après, le 2 décembre 1869 « les membres du bureau de la chambre syndicale provisoire » décident d'intenter un procès à Mathurin Couder pour le forcer « de ne plus porter ni se servir de son titre de président de la chambre syndicale »... « tous les membres composant le bureau s'engagent à payer les frais qui pourraient nous incomber dans ce procès. »

Mathurin Couder résiste

Bien que démissionné par la volonté massive des membres du syndicat et attaqué en justice, Mathurin Couder viendra le 30 juin 1870 à l'assemblée générale. Elle dut être houleuse. On lui refuse la parole, puis on la lui donne, ensuite on la lui retire. À la fin de la réunion il la reprend, on s'oppose à lui de nouveau. Finalement on lève la séance quand il veut encore parler.

La fin de l’affaire

C'est seulement en 1872 que le syndicat gagne le procès contre son ancien président.

Le 9 septembre 1872, Mathurin Couder signe un document par lequel « il reconnaît être débiteur envers la Chambre de la somme de six cent trente trois francs ». Il s'engage à verser 33 francs « aussitôt vérification faite » et le reste en douze fois, de janvier à décembre 1873, à raison de cinquante francs le 10 de chacun de ces mois.

La sympathie que paraît néanmoins conserver Couder, attestée par une lettre du marchand boucher Ledanoy, demandant « la radiation de la créance Couder » amène le nouveau président Leroy-Daniel à faire prendre cette décision par l'assemblée générale du 12 juin 1873.

Le motif invoqué par Leroy-Daniel pour proposer l'annulation de la créance est « la position précaire » de l'ancien président.

Il devait encore 600 francs au syndicat (à titre comparatif, relevons l'encaisse du syndicat à la même date : 917 francs 45 centimes).

Le début d'une lettre du même Ledanoy, du 8 septembre 1873, adressée à Leroy-Daniel et à la direction du syndicat, témoigne qu'à cette date les remous causés par l'affaire Couder ne sont pas terminés.

L'oubli de l'affaire Couder

En 1966, presque un siècle après l'affaire Mathurin Couder, Georges Chaudieu publie aux éditions Peyronnet un ouvrage intitulé : « BOUCHER qui es-tu ? où vas-tu ? ou la fabuleuse histoire des bouchers, celle d'hier, d'aujourd'hui et de demain ».

L'auteur, écrivain, a publié pas moins d'une vingtaine d'ouvrages traitant de la boucherie et de l'artisanat. Il est Directeur-fondateur honoraire de l'École supérieure des métiers de la viande et de l'Institut de la viande, Président-directeur de l'École professionnelle de la boucherie de Paris et de la région parisienne ; cinquante-trois années de vie professionnelle en boucherie (... « je devins chef d'entreprise en 1923, puis militant syndicaliste. Investi de fonctions responsables » ...).

Si quelqu'un doit connaître l'histoire du syndicat des bouchers parisiens, c'est bien un homme comme Chaudieu.

Page 151 de son ouvrage sur les bouchers on lit :

« En 1869, les bouchers parisiens fondent l'actuel syndicat de la Boucherie de Paris et du Département de la Seine, qui n'aura d'existence légale que quinze ans plus tard, par la loi de 1884 sur les syndicats professionnels.
Le syndicat semble avoir mené pendant quelques années une existence clandestine, puisque ce n'est qu'en 1873 qu'un bureau fut constitué avec à sa tête M. Leroy-Daniel, qui en occupa la présidence jusqu'en 1882. »

Notes

  1. Basile Pachkoff Proposition de rétablissement de la Fête de Paris, dite : Promenade du - ou des - Bœuf(s) gras. Édition de la Feuille Volante, Paris 1994. Il y eut deux éditions. La première commença à être diffusée le mardi gras 1994, soit le 15 février, la seconde, améliorée, est du 5 mars de la même année. C'était une brochure artisanale, fabriquée avec les moyens du bord et diffusée gratuitement. Son coût de fabrication pour la deuxième édition était de 10 francs l'unité. Un ami de Basile Pachkoff et du Carnaval de Paris, Michel Bornes, contribua de 200 francs pour assurer la sortie de la deuxième édition. Page 27 et dernière de celle-ci, il est remercié pour son soutien. Le tirage de la première édition fut de 50 exemplaires, celui de la deuxième, réalisé en quatre fois, fut de 64 exemplaires dont 10 à l'encre bleue à la suite d'un problème d'impression. La première édition par souci d'économies comptait 9 pages en très petits caractères plus la couverture. La deuxième beaucoup mieux présentée 27 pages plus la couverture et sa réalisation coutait beaucoup plus cher que la première.
  2. 2,0, 2,1, 2,2, 2,3 et 2,4 Reproduction d'une page de la brochure de Basile Pachkoff Proposition de rétablissement de la Fête de Paris, dite : Promenade du - ou des - Bœuf(s) gras. Édition de la Feuille Volante, Paris 1994.
  3. Les journaux de l'époque se posent la question sans parvenir à y répondre. Les journalistes qui écrivent alors ignorent visiblement tout de l'affaire Mathurin Couder.
  4. Le nom officiel complet exact est : Fédération de la Boucherie et des Métiers de la Viande de Paris et de la Région Parisienne.
  5. Basile Pachkoff Proposition de rétablissement de la Fête de Paris, dite : Promenade du - ou des - Bœuf(s) gras. Édition de la Feuille Volante, Paris 1994, page 18.
  6. Le Marché aux bestiaux. Les Halles et abattoirs de Paris. Journal des éleveurs, des Producteurs, Facteurs, Commissionnaires, Bouchers, Restaurateurs et Maîtres d'hôtel, Directeur-Gérant : Franck Latruffe., numéro prospectus, 18 juillet 1869.
  7. Le Marché aux bestiaux. Les Halles et abattoirs de Paris. Journal des éleveurs, des Producteurs, Facteurs, Commissionnaires, Bouchers, Restaurateurs et Maîtres d'hôtel, Directeur-Gérant : Franck Latruffe., Modèle:Numéro, 10 septembre 1869, page 1.

Source

  • Basile Pachkoff Proposition de rétablissement de la Fête de Paris, dite : Promenade du - ou des - Bœuf(s) gras. Édition de la Feuille Volante, Paris 1994 Modèle:ISBN.

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